Lors de leurs précédentes aventures, l'équipage de l'Espadon - renommé "Fou de Bassan" pour célébrer son passage à la piraterie - avait convenu de traquer Charles Vane à Basse-Terre dans l'espoir de lui reprendre la moitié du fragment du parchemin espagnol censé mener à une cité d'or maya. Pour se faire, et suite à un accueil peu chaleureux sur place, la Frégate avait mis les voiles en direction de Cayonne, un minuscule port situé dans une anse non loin de là. Orest, Jamaiss, Tête-de-Pioche et Kieran avaient ensuite appris qu'il serait plus prudent d'atteindre Basse-Terre par chaloupe, plutôt que de passer par l'intérieur de l'île.
Nos marins lancent donc une assemblée bruyante pour déterminer la suite des opérations : il est décidé qu'un groupe d'une quinzaine de volontaires, notamment composé de Jamaiss, Kieran, Orest, Rosa, N'Serengi, Ange et Tête-de-Pioche, se rendra à Basse-Terre pour trouver un moyen d'approcher Vane et de lui subtiliser son bien. Au passage, les nombreux otages pris sur le Fou de Bassan ne sont toujours pas débarqués, nos forbans craignant qu'ils n'éprouvent des problèmes à "écouler leur marchandise" sur place pour le moment.
Le plan d'origine est de trouver Vane, et de lui proposer une alliance stratégique. Le Pirate sans Nom prétendait que Vane a pour plan d'attaquer une ville, aussi aura-t-il besoin d'alliés. Le soutien d'une Frégate armée pour la guerre est absolument non-négligeable, aussi cela serait-il un argument de poids pour le convaincre.
Le voyage jusqu'à Basse-Terre se passe sans mal. Les pirates débarquent sur la plage, s'apercevant à leur grande surprise que celle-ci abrite partiellement un établissement : l'auberge à ciel ouvert du "Rat qui pette". Marins, gardes et civils sont étalés le long de la plage, alors que les tables installées dans le sable réunissent les clients encore capables de rester assis sans tomber de leur chaise. Dans la foule, nos pirates remarquent des hommes du Santa Monica, un navire de transport espagnol qu'ils avaient pu remarquer en arrivant dans la rade de Basse-Terre avant de faire demi-tour. Kieran se mêle à eux pour glaner quelques informations générales (et pas vraiment pertinentes) sur les navires actuellement présents au port, pendant que le reste de la troupe constate que les serveuses - noires, pour la plupart - officient également en tant que prostituées pour les clients demandeurs. L'une d'entre elles semble réticente à se laisser aborder par un garde éméché. Alors qu'il est sur le point de la châtier pour son outrecuidance, le malotru croise le regard colérique de Rosa, ce qui a pour effet immédiat de refroidir ses ardeurs vengeresses. Soulagée, Namba - la serveuse - s'assied à la table de ses bienfaiteurs et partage quelques informations plus précises sur les allers et venues de Vane et de son équipage. Apparemment, un homme flamboyant accompagné d'un matelot fin et habile ont été récemment vus dans les environs - on parlerait de Calicot Jack et de Mark Read eux-même. Vane et le Gouverneur seraient actuellement en pourparler, et il est plus probable qu'ils se trouvent au Marin des Sables ou au Chevalier du Boucan, deux autres auberges de Basse-Terre. N'y tenant plus, Jamaiss décide de quitter ses compères pour se rendre au Chevalier du Boucan. Peu après son départ, c'est Rackham et Mark Read qui débarquent à leur tour au Rat qui Pette. Ceux-ci s'assoient à une table, alors que le Quartier-Maître du Revenge interpelle la foule de sa verve naturelle pour recruter de nouveaux marins. À ces mots, Orest craint de se faire remarquer. Il saisit Namba par le bras et l'emmène vers la forêt avoisinante, où les clients de l'auberge et les serveuses s'ébattent loin des regards indiscrets. Notre ami russe, bien que rustre, n'a étrangement aucune envie d'atteindre à l'intégrité de celle que sa camarade vient de sauver ; il souhaite simplement se soustraire à la vue de son anciens Quartier-Maître. Quoiqu'il en soit, après bien des hésitations, Rosa et Kieran décident de tenter leur chance : être intégré à l'équipage de Vane est probablement le meilleur moyen de pouvoir l'approcher. Si la quasi-totalité des marins présents faisait mine de vouloir s'engager de prime abord, les questions inquisitrices et terriblement pointues qu'assène Rackham à chaque prétendant fait vite déguerpir la moitié d'entre eux. Pour ceux qui ont le talent et le courage de survivre à cette épreuve, l'étape suivante consiste à affronter Mark Read dans un duel singulier, sur la table. Officiellement, le combat est à mort. La première personne à oser se présenter est Rosa, qui grimpe sur la table, s'équipe de sa hache et fait mine de se mettre "en garde". Le combat a à peine commencé que d'un geste d'une fluidité incomparable, Mark désarme la terreur espagnole. Fort heureusement pour elle, la mise à mort n'a pas lieu – il ne s'agissait que d'une bravade pour tester le courage des potentielles recrues. Vient alors Kieran qui, intimidé, répond à son tour aux questions de Rackham avant d'affronter Mark. Pourtant, avant de grimper sur la table, Kieran ajoute qu'il fait dores et déjà partie d'un équipage de pirates contrôlant une imposante Frégate armée pour la guerre. Celle-ci est stationnée à l'ouest de Basse-Terre et s'avérerait prête à naviguer de conserve avec les bâtiments de Vane pour s'en prendre à des cibles de plus grande importance. Acquiesçant d'un signe de tête peu intéressé, Rackham suggère alors que le combat commence. Bien que peu habitué aux combats, Kieran parvient à échanger quelques passes d'arme avant que Read ne déclare que « celui-ci est un bon ». Quelque chose d'étrange frappe alors notre rouquin d'Irlandais : Mark Read n'est, semble-t-il, pas seulement un jeune homme fin à la voix aigüe, mais bien une authentique femme, dotée d'attributs typiquement féminins mais plutôt bien dissimulés sous plusieurs couches de vêtements. Satisfaits, Read et Rackham donnent rendez-vous à leurs deux seules nouvelles recrues le lendemain, à l'aube. Des chambres ont été réservées pour la nuit, dans l'auberge du Marin des Sables. Mark ajoute, à voix basse et à destination de Kieran, que « Les lits sont de piètre qualité, on y dort mal, … et c'est tant mieux ». Fiers d'eux, nos matelots regagnent leur table, suivis par Orest qui guettait l'animation de loin.
De son côté, Jamaiss se rend au Chevalier du Boucan. À l'intérieur, il y découvre des hommes de Charles Vane, ainsi qu'un homme fort bien portant, assis seul à une table. À en juger par sa perruque poudrée et ses vêtements de qualité, tout porte à croire qu'il s'agit d'un individu d'importance – peut-être le gouverneur de Saint-Domingue, Monsieur de Chateaumorand en personne. Puisqu'il semble attendre quelqu'un, Jamaiss en déduit que Vane ne tardera pas à se montrer dans les environs. Le médecin caraïbe sort alors de l'auberge et fait le pied de grue pendant un temps, jusqu'à voir arriver non pas Charles Vane, mais Rackham. Celui-ci entre dans l'auberge, s'assied à la table du supposé gouverneur et engage la conversation, ce qui ne manque pas de décevoir Jamaiss qui décide de retourner rapidement au Rat qui Pette. Là, le groupe se concerte : l'initiative surprenante de Kieran et de Rosa chamboule un peu les plans originaux, et aucune trace du capitaine Vane n'a pu être découverte. Toute cette affaire semble mal partie…
Ange suggère de retourner au plus vite au Chevalier du Boucan pour tenter d'intercepter ne serait-ce que la fin de la discussion entre Rackham et le gouverneur. Sur place, Kieran, Rosa et lui peuvent entendre les deux hommes discuter au sujet des récents événements concernant l'Espadon. De Chateaumorand semble croire que l'Espadon a sauvagement assassiné son capitaine avant d'envoyer la Dame Jeanne par le fond. Quant à la Goélette à hunier volée qui avait attaqué la Frégate, Rackham prétend là encore que c'est l'équipage de l'Espadon qui a dû faire main-basse sur elle, au grand dam du gouverneur qui s'annonce prêt à tout pour la retrouver, fut-elle encore entière. La partie la plus intéressant de cette conversation concerne les deux navires espagnols qui rôdent dans les environs : selon Rackham, Vane aurait fait appel à un de ses amis – un certain Don Blas Pérez de Sandoval – pour l'aider à traquer les mutins. Loin d'être rassuré, le gouverneur avertit Rackham que Vane a tout intérêt à ne pas se jouer de lui, avant de quitter l'auberge. À l'heure actuelle, toujours aucun signe du redoutable Capitaine pirate.
La nuit étant déjà bien entamée, les forbans du Fou de Bassan devisent. Ils choisissent de se séparer en deux groupes : Rosa et Kieran se rendent à l'auberge du Marin des Sables alors que le reste de l'équipe fait le tour des prostituées du port, dans l'espoir d'y trouver une qui porterait sur elle la marque de Madame de Fontenais. Évidemment, aussi disciplinés que le veut leur réputation, les pirates peinent à avancer sans semer l'un des leurs à chaque drôlesse rencontrée , en dépit des exhortations au sérieux d'Orest et de Jamaiss, qui font décidément office de véritable conscience pour ces fripouilles des mers.
Les choses sont moins joyeuses, du côté des deux recrues de Charles Vane. En arrivant au Marin des Sables, Rosa et Kieran sont immédiatement attirés par un petit bonhomme à l'air candide qui raconte une histoire invraisemblable sur la plume de poulet qui décore le couvre-chef qu'il tient fermement entre ses mains. Apparemment, et pour résumer rapidement, il aurait été envoûté par un sorcier africain, puis exorcisé par son matelot pratiquant du vaudou. Une fois son récit bouclé, le Capitaine Leray – car c'est son nom – ne manque pas de rappeler à toute l'assistance qu'il possède le bâtiment de plus rapide des Caraïbes, et que pour une somme modique, il peut transporter à toute vitesse qui le veut, jusqu'à l'autre bout du Nouveau Monde. Cette introduction fort plaisante est suivie d'un second événement moins drôle : dans un coin de la salle, deux officiers espagnols – appartenant apparemment à l'équipage du Santa Monica – jouent aux cartes contre deux forbans, dont un patibulaire et balafré. Alors que la partie touche à sa fin, ce dernier troue le visage d'un des espagnols d'une balle, puis demande au survivant s'il trichait, lui aussi. Bafouillant quelque chose d'incompréhensible, l'officier n'a pas le temps de finir sa phrase que son nez tombe sur la table, avant d'être rejoint par son visage écrasé par le pirate balafré. Alors que sa victime se vide de son sang devant les yeux d'une foule à moitié indifférente et à moitié timorée, le criminel quitte les lieux sans avoir l'air de se soucier des répercussions de ses actions. C'est sur ces entrefaites que Kieran et Rosa décident à rejoindre leur chambre, un vaste dortoir complètement vide. Exténués, ils se couchent et trouvent rapidement le sommeil.
Malheureusement, leur repos est de courte durée : quelques heures plus tard, Rosa est réveillée par des bruits suspects. Apparemment, une vingtaine d'hommes s'infiltre dans le Marin des Sables, suffisamment habiles pour être discrets même en groupe. Ni une, ni deux, Rosa réveille Kieran et saisit une des grenades qu'elle a la ceinture. L'Irlandais, de son côté, vérifie les issues par lesquelles ils pourraient quitter les lieux : la fenêtre semble être la meilleure solution, même si deux hommes sont postés à l'entrée de l'établissement et que la chute pourrait être douloureuse, à moins d'être atténuée par des matelas. Par la porte légèrement entrouverte du dortoir, Rosa parvient à découvrir l'identité des assaillants : il s'agit ni plus, ni moins de Charles Vane en personne, accompagné d'une dizaine d'hommes, dont Mark Read, Jack Rackham et Yeats, le pirate balafré et ancien capitaine du Revenge. Au moment d'ouvrir la porte, Vane somme nos deux pirates de se rendre. Yeats se rend néanmoins compte que Rosa tient une grenade dans la main, et décoche un tir critique qui atteint cependant la cuisse de sa cible. Dans le même mouvement, Rosa jette sa grenade, dont l'explosion disperse des fragments dans tout le premier étage. Si la plupart de ses adversaires parviennent à éviter le gros des dégâts, Yeats est violemment projeté au sol et ne semble pas se relever. Kieran, de son côté, se dépêche de jeter un matelas par la fenêtre et fait mine de vouloir sauter, avant de se rendre compte que Rosa n'y parviendra plus toute seule. Il l'aide alors à passer par la fenêtre, mais reçoit lui aussi une balle dans le dos. Déjà affaibli par son duel contre Read, notre pauvre rouquin s'affale sur le rebord de la fenêtre, à deux doigts de l'inconscience. Il parvient malgré tout à se laisser glisser et atterrit sur Rosa. Nos deux blessés se retrouvent alors à la merci des deux gardes à l'entrée de l'auberge, mais la divine providence – à moins qu'il ne s'agisse d'Icheiricou, comme Jamaiss le suggérerait – veut que le reste du groupe arrive à cet instant précis. Orest, Jamaiss, Tête-de-Pioche, Ange et N'Serengi règlent rapidement le compte des deux agresseurs avant d'aider leurs compagnons blessés à prendre la fuite. Depuis la fenêtre de l'étage, Rackham parviendra néanmoins à trouer l'épaule de Jamaiss d'une balle, mais guère plus.
Le groupe fuit à toute vitesse jusqu'à la forêt bordant le port de Basse-Terre. Une demi-heure s'est déjà écoulée depuis l'assaut du Marin des Sables. Des bois, les pirates observent que la chaloupe du Revenge a déjà quitté la rade et qu'elle s'apprête à rejoindre le navire de Vane. Pire encore, à l'horizon pointent déjà les drapeaux espagnols de la Frégate et du Deux-Ponts à la recherche des mutins français. Tout porte à croire que grâce aux indications de Kieran, les navires vont se rendre à Cayonne pour y couler l'Espadon.
Afin de rejoindre leur équipage au plus vite, nos forbans choisissent de faire appel au brave Capitaine Leray et à son bateau rapide comme l'éclair. Le « Mort Doré » - car c'est son nom – les transporte alors jusqu'à Cayonne. Malheureusement, les premiers rayons du soleil révèlent la présence d'un quatrième navire, plus petit et plus rapide : il s'agit de la Goélette à Hunier qui avait agressé l'Espadon à son entrée dans le Nouveau Monde. Fidèle à sa réputation, le Mort Doré prend de vitesse toute cette petite flotte et atteint l'anse de Cayonne en quelques heures. Là, le « commando Basse-Terre » atteint le Fou de Bassan en chaloupe, non sans laisser derrière lui une ardoise de 150 pièces de huit en faveur de Leray. Lorsqu'enfin, l'équipage du Fou de Bassan est alerté de la menace, le navire hisse les voiles et se prépare à quitter la zone, avant d'être intercepté par le « Pélican » - la Goélette à hunier. Celle-ci manœ“uvre de sorte à faire perdre du temps au Fou de Bassan, mais n'est de toute évidence pas un adversaire de poids face à une Frégate armée pour la guerre. Très vite, après avoir essuyé une bordée de boulets ramés, le capitaine du Pélican hisse le drapeau blanc – trop tard pour empêcher le Deux-Ponts et la Frégate espagnole de bloquer l'entrée de l'anse, néanmoins. Le capitaine de la Goélette – un certain Henry Bird – se montre immédiatement de bonne foi : considérant qu'il n'y a pas lieu de se faire torturer pour les beaux yeux de Charles Vane pour qui il ne travaille pas depuis longtemps, le vieux loup de mer délie rapidement sa langue et confie plusieurs informations d'importance sur leurs adversaires. Apparemment, le commandement espagnol a reçu pour ordre de récupérer le contenu du bateau. Par conséquent, le Fou de Bassan n'a pas à craindre d'être coulé, mais risque fort d'être abordé. Qui plus est, Charles Vane était appelé loin de la Tortue, et il ne participera pas à la bataille. Choisissant judicieusement de ne pas mettre l'équipage du Pélican à mort immédiatement, les hommes du capitaine De Vercourt décident d'utiliser leur bonne vieille Frégate comme brûlot pour détruire le Deux-Ponts. Alors que la cargaison est amenée à bord du Pélican, Orest et une poignée de marins restent à bord du navire condamné afin de le diriger vers sa cible et de s'assurer que l'explosion aura un effet véritablement retentissant.
Lorsque les Espagnols se rendent compte du subterfuge, il est trop tard pour que le Deux-Ponts esquive le brûlot. Au dernier moment, Orest et ses hommes quittent le navire en yole pour rejoindre le Pélican. Tous versent une petite larme en souvenir du Fou de Bassan qui n'aura décidément pas été appelé ainsi longtemps avant sa mort.
Bien que le Deux-Ponts soit en train de brûler, la menace de la Frégate espagnole pèse toujours sur les pirates, peu à l'aise sur un si petit navire. Alors que celle-ci est en train de manœ“uvrer, un minuscule sloop apparaît à l'ouest, non loin des côtes. Si les Espagnols n'y prêtent attention de prime abord, Jamaiss, Orest et Rosa reconnaissent le navire du Pirate Sans Nom. Hissant un pavillon noir sans la moindre décoration, le sloop s'avance à toute allure sur la frégate. Un hurlement démoniaque emplit les environs alors que des bruits d'explosion retentissent jusqu'au Pélican. Quelques minutes plus tard, tout porte à croire que la menace qui pesait sur nos forbans n'est plus : alors que la Goélette quitte l'anse de Cayonne, l'équipage découvre le sloop du Sans Nom complètement vide et choisit de l'investir. En passant à côté de la frégate, les pirates sont saisis par l'odeur du sang et des flammes tandis que Sans Nom les toise passivement du regard sur le bastingage, un sabre souillé dans un main et une tête d'Espagnol dans l'autre.
C'est ainsi que les mutins de feu-l'Espadon commirent le premier acte fulgurant qui les fit entrer dans la légende.