« Shuri Shenbar » (littĂ©ralement, « un demi-sanglier »), est originaire de Sentem. Il est le second dâune fratrie de six enfants (dont cinq sĆurs), fruits de lâunion de deux Kahars ayant perdu la vie durant un raid Takan. Les six orphelins sont devenus des pupilles de Sentem, et plus prĂ©cisĂ©ment, du fait de lâoccupation de leurs parents, sous la garde des prĂȘtres dâAlwain.
Les deux aĂźnĂ©s (la sĆur la plus ĂągĂ©e, Bikku-Lum et Shuri, le second) montrant une grande ferveur et des prĂ©dispositions aux rites furent formĂ©s comme Kahars, sur lâexemple de leurs parents. Alors que Bikku-Lum brillait de par sa dĂ©votion au culte et Ă ses prĂ©ceptes, lui promettant une belle carriĂšre clĂ©ricale Ă Sentem, Shuri quant Ă lui devenait peu Ă peu au cours de lâadolescence le rebelle de la famille, mettant en cause lâautoritĂ© de la citĂ©.
Cette derniĂšre, selon lui, Ă©tait responsable dâavoir nĂ©gligĂ© certaines nouvelles qui annonçaient une recrudescence des raids Takan, lâun ou lâautre officiel nâayant apparemment pas relayĂ© des informations inquiĂ©tantes Ă ses supĂ©rieurs, alors que les voyageurs et marchands lâauraient averti. Ce manque de diligence est ce qui aurait coĂ»tĂ© la vie Ă ses parents. Les informations que Shuri avait lui-mĂȘme recueilli aprĂšs la mort de ses parents auprĂšs des gardes caravaniers, chacals et marchands Ă©taient-elles vraies ? Cela nâa guĂšre dâimportance. Ce qui a bouleversĂ© lâexistence de Shuri est quâil y a cru et pensĂ© ĂȘtre investi dâune mission sacrĂ©e consistant Ă dĂ©noncer les faiblesses dans les dĂ©fenses de Sentem. La rumeur veut que Shuri aurait Ă©tĂ©, Ă lâĂ©poque, influencĂ© par un mauvais esprit tout droit venu de Bartak KentakâŠ
Quoiquâil en soit, câest aprĂšs avoir accompli les rites dâinitiation de son culte, que Shuri a commencĂ© Ă remettre en question les moindres dĂ©cisions des supĂ©rieurs responsables des patrouilles ou des raids destinĂ©s Ă rĂ©guler la population des Takan, non sans critiquer ouvertement des notables qui nâavaient pour la plupart rien Ă se reprocher (ou tout du moins, pas sur les points relevĂ©s par Shuri).
A tel point, que dâun commun accord, Ba-en Nafar et Sameel â aux oreilles desquels les rumeurs et critiques colportĂ©es par Shuri avaient fini par arriver, dĂ©cidĂšrent dâexiler le jeune Kahar, pour dĂ©fendre le moral de la population sous leur protection, mais probablement aussi pour Ă©carter Shuri de lâinfluence nĂ©faste quâil subissait peut-ĂȘtre. Une marchande gerwa, Hen-He-Henet, se vit confier Shuri en sa qualitĂ© de combattant afin de lâĂ©loigner de Sentem, Shuri Ă©tant lui-mĂȘme chargĂ© de garder un Ćil sur la marchande. DĂšs lors, Shuri parcourut de long en large la route de la guerre, dĂ©veloppant peu Ă peu un goĂ»t pour lâaventure qui lui fit regretter la relative monotonie du mĂ©tier de garde caravanier et se rĂ©jouir chaque fois que sa cheffe lâenvoyait comme messager en aval, ce qui lui permit Ă plus dâune reprise dâentrer en contact avec des chacals, dont la libertĂ© le faisait rĂȘver.
Une ombre plane toujours sur Shuri toutefois, qui le fait parfois douter des intentions de ceux qui lâentourent. Ayant Ă©tĂ© sensibilisĂ© sur les tentatives de sĂ©duction des crĂ©atures malfaisantes, mais nâayant de prime abord pas cru quâelles puissent ĂȘtre la cause de sa quĂȘte passĂ©e Ă Sentem, Shuri est dĂ©sormais conscient quâil lui faudra probablement consacrer du temps Ă se purifier et que des personnages comme Ba-En-Nafar et Sameel nâavaient peut-ĂȘtre et finalement pas tort.
Du fait de cette rĂ©vĂ©lation, Shuri sâest mis Ă douter de son propre jugement et comme tout disciple dâAlwain qui se respecte, craint dĂ©sormais et par-dessus tout la souillure de cette forme de corruption, son pire cauchemar Ă©tant de succomber totalement Ă telle tentation.
Ces nouvelles convictions furent confirmĂ©es lors dâune embuscade par un groupe de malheureux, probablement les habitants dâun village investi par des Takan, qui sâen sont pris Ă la caravane de la marchande gerwa. AprĂšs avoir circoncis la menace, les gardes se sont rendus compte que leurs assaillants Ă©taient Ă moitiĂ© fous, et certains dĂ©formĂ©s par un mal inconnu. Bien sĂ»r, câest Ă Shuri quâil incomba de tenter de soigner les malheureux, mais ses pouvoirs se rĂ©vĂ©lĂšrent insuffisants Ă libĂ©rer les pauvres hĂšres. Face au destin qui se profilait pour ces victimes, le groupe sâest rĂ©solu Ă leur offrir la seule issue possible, Ă savoir une mort misĂ©ricordieuse.
Peu de temps aprĂšs, une connaissance de Hen-He-Henet fit part Ă cette derniĂšre du besoin dâun petit groupe de chacal de complĂ©ter leurs effectifs aprĂšs son propre dĂ©part Ă la retraiteâŠ
Shuri fut informĂ© et recommandĂ©, ce qui lui causa un grand bonheur dâabord, puis lui fit voir son avenir sous une forme moins enjouĂ©e. En tant que chacal, il serait dĂ©sormais plus souvent tĂ©moin ou acteur dâĂ©vĂ©nements semblables Ă celui quâil venait de vivre et qui lâavaient tant marquĂ©. Il ne sait pas et craint quelle serait sa rĂ©action sur le long terme, Ă force dâĂȘtre le tĂ©moin des mĂ©faits des rathik et autres sombres puissances. Cela pourrait le pousser Ă se retirer, soit pour se dĂ©vouer Ă protĂ©ger une population menacĂ©e, soit â si la dĂ©moralisation devait le submerger, pour prendre le large et lĂąchement dĂ©tourner les yeux des problĂšmes de ce mondeâŠ
Shuri pense que ces doutes viennent de sa faiblesse dâĂȘtre mortel et bien quâil montre le potentiel dâun grand combattant, il estime nâĂȘtre pas encore assez fort pour affronter les dĂ©mons de sa propre conscience. Il sâest donc rĂ©solu Ă devenir encore meilleur et Ă Ă©riger par son corps et son esprit une forteresse imprenable face aux forces malfaisantes qui menacent la Route de la GuerreâŠ
